OUVERTURE

Une fois de plus, avec les événements en Côte dIvoire, la Communauté est secouée par lexode de familles rapatriées sur Abidjan. Décidément notre monde souffre, et particulièrement nos frères africains des deux Congo, du Burundi et maintenant de Bouaké en Côte dIvoire ! Depuis longtemps, nous assistons à la persécution de chrétiens au Sud-Soudan, et restons sans solution devant linextricable situation au Moyen-Orient. Et toujours de nouvelles armes surgissent, comme celles du terrorisme un peu partout, dans lécart creusé entre nantis et affamés.
Violence larvée, flagrante, brûlante, elle nous atteint tous. Puisse ce Tychique nous inviter à nommer cette force brute, sournoise, qui défigure nos frères en humanité jusquà en perdre leurs visages dhommes. Tel Job mis à lépreuve, terrassé et mis à nu, nous sommes appelés, nous aussi, à bénir... plutôt que maudire !
À notre humble niveau, quelle pierre pouvons-nous apporter à lédifice de la paix ? Cest pourtant bien dans le cur de lhomme, ce lieu privilégié où germe le meilleur comme le pire, que tout se joue. Les témoins de ces pages nous entraînent sur un chemin de pacification. Ils nous redisent quà la racine de la culture demeure la structure familiale et les liens fraternels. Dans une culture de mort de plus en plus prégnante, ces pages nous rappellent que la douceur de lagneau, au cur des combats, peut encore triompher sur nos champs de bataille familiale, fraternelle, économique et socioculturelle.
Après le 11 Septembre, la rencontre dAssise reste pour nous un défi (p. 69). Cest dans notre intériorité que se découvre notre réelle aspiration à la paix. Cest dans le lieu du cur intime que nous pouvons rejoindre lautre dans sa différence et réaliser que la fraternité nest pas impossible... au prix dun travail sur soi nécessaire parfois pour ajuster notre regard (Jacques Arènes) et accueillir la parole du tiers qui permet la négociation des conflits (Jean-Denis Renaud).
Au fil des pages, des hommes, des femmes, nous partagent le sens profond de leur existence...
Ami lecteur, ne referme pas ces pages sans laisser résonner en toi, quels que soient les épreuves et conflits qui thabitent, la parole du psalmiste : « Laisse-moi dire paix sur toi, je prie pour ton bonheur ! ».
Mais quel bonheur ? Celui du bienheureux qui laisse la trace de sa douceur sur la terre... au péril même de sa vie parfois. Nous ne vivrons peut-être jamais lhéroïsme dun Maximilien Kolbe, dun Dietrich Bonhoeffer ou dun Martin Luther King, mais nous sommes tous appelés dans notre humble quotidien à travailler à la paix.
Quel paradoxe pour nos pauvres vies trop souvent éprouvées encore par lexpérience de la division en nous, et autour de nous ! Séduquer à la paix, oui ! Mais à condition de nous ouvrir au don divin de Celui qui est Prince de paix. n
Denise Vincent
© tychique