OUVERTURE

Amour... À force de pressions sociales, culturelles, économiques, à force de contradictions de toutes sortes, l’amour de l’homme et de la femme qui ont fait alliance est aujourd’hui plus qu’hier menacé de gangrène. Dans beaucoup de nos familles l’événement d’une maladie grave et de longue durée, d’un échec cuisant dans la vie professionnelle, d’une séparation, ou encore d’un divorce, vient nous bousculer, nous fragiliser. Que dire ? Que faire quand pour beaucoup la vie familiale devient, subtilement, plus un parcours d’obstacles périlleux qu’un “parcours de santé” ? Comment réagir quand la vie de l’âme promise à l’épanouissement s’étiole, menacée d’asphyxie ? Oui, bien des poisons menacent l’amour de l’homme et de la femme dans la durée. Alors quelle fidélité possible quand des questionnements multiples viennent fragiliser le lien conjugal ?

Si l’alliance entre un homme et une femme est la décision de se livrer sans réserve à l’être aimé, le mariage est, quelle que soit sa forme institutionnelle, “un pont-levis qui s’abaisse où la forteresse du moi s’ouvre à l’autre” (J. Bichot). Il est cet acte d’abandon où est donné à l’autre le formidable pouvoir de faire souffrir comme de rendre heureux, la donation de tout soi-même “pour le meilleur et pour le pire”.

Fidélité... Dans notre culture moderne, la rupture du lien de fidélité est banalisée à l’extrême. Personne n’ose plus dire les enjeux de la fidélité, au contraire elle est “traquée” comme dans les folles images télévisées de L’île de la tentation. Il est pourtant bon de redécouvrir avec ce Tychique que la fidélité, c’est choisir d’aimer, c’est consentir, jour après jour, à aider celui qu’on aime à porter ses propres faiblesses. La fidélité, ce n’est pas la tentative de maintenir un capital coûte que coûte mais c’est vouloir construire l’avenir, c’est ouvrir patiemment un chemin à deux où l’on consent à être à l’horizon l’un de l’autre (X. Lacroix). “L’avenir, c’est l’autre” (Lévinas), où chaque jour on commence, on recommence...

Fragilité... Qui n’a pas fait l’expérience de ses limites et douloureusement ressenti le poids de sa faiblesse, de sa misère ? La fidélité est une force fragile mais les témoins de ce dossier nous révèlent que précarité peut rimer avec maturité, consentement avec épanouissement. Il n’y a pas une fidélité mais des fidélités qui se découvrent dans les petits actes quotidiens de patience où l’on apprend à porter, à supporter pas à pas, dans une tendresse éprouvée, la vulnérabilité de l’autre et la sienne. L’amour opère cette “chirurgie du cœur”, il introduit humblement dans le grand Mystère de Dieu, qui est lui-même notre fidélité. Lui seul peut faire du neuf dans notre vie.

Là où notre monde a peur de la fragilité, nous découvrons qu’elle n’est pas un mal en soi. Au cœur de nos difficultés à aimer, nous pouvons expérimenter la présence de ce Dieu qui “aime ceux qui s’aiment” et qui, dans sa proximité, vient nous assister... et toujours nous soutenir, d’une manière ou d’une autre.

Amour, Fidélité et Fragilité... Oui, avec Maurice Zundel, “je crois à la fragilité de Dieu parce que s’il n’y a rien de plus fort que l’amour, il n’y a rien de plus fragile”. En Jésus, un Dieu fragile a été donné entre nos mains, et c’est bien la force faible de la fidélité de ce Dieu-là qui nous a ancrés dans l’à-venir, un avenir riche de tous les possibles... n

Denise Vincent

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