OUVERTURE

Ce dossier sur l’Œcuménisme révèle combien nous sommes loin de nous entendre encore, de nous comprendre. Les dialogues bilatéraux entre les différentes Églises manifestent l’engagement pour l’unité comme un combat exigeant pour le cœur et l’esprit. Mais si la dynamique de dialogue engagée depuis plus d’un siècle est irréversible, elle ne saurait faire fi de l’héritage des traditions. L’urgence des urgences est là, relever les défis de la modernité, trouver de nouveaux langages de la foi dans une fidélité créatrice. L’annonce de l’Évangile aujourd’hui est à ce prix. Deux groupes œcuméniques régionaux trouvent leur dynamisme et leur joie dans cette conviction. (p. 36 et 52)

Nous marchons vers “l’Église indivise” (O. Clément) chaque fois que “nous quittons nos préjugés, nos jugements, le mépris ou l’enfermement dans notre tour d’ivoire” (L. Schweitzer). Pour être vraie, toute démarche œcuménique ne peut se vivre que “pour” et “avec” nos frères autrement chrétiens, et non “contre” eux... L’enjeu n’est-il pas de laisser Dieu enfanter l’unité qu’il veut, par ses moyens à Lui ? Et si cette saga scandinave était comme un annonciation, une prophétie de nos “différences réconciliées” ? Laissez-moi vous la conter...

Il y avait une fois, bien longtemps de cela, dans un petit village nordique, un atelier de charpentier. Un jour que le Maître était absent les outils se réunirent en grand conseil sur l’établi. Les conciliabules furent longs et animés, ils furent même véhéments. Ils s’agissait d’exclure de la communauté des outils un certain nombre de membres. L’un prit la parole : “Il nous faut, dit-il, exclure notre sœur la scie, car elle mord et grince des dents. Elle a le caractère le plus grincheux du monde”. Un autre dit : “Nous ne pouvons conserver parmi nous notre frère le rabot qui a le caractère tranchant et épluche tout ce qu’il touche”. “Quant au frère marteau, dit un autre, je lui trouve le caractère assommant. Il est tapageur. Il cogne toujours et nous tape sur les nerfs. Excluons-le”.

“Et les clous ? Peut-on vivre avec des gens qui ont le caractère aussi pointu ? Qu’ils s’en aillent ! Et que la lime et la râpe s’en aillent aussi, vivre avec elles, ce n’est que frottement perpétuel. Et qu’on chasse le papier de verre dont la raison d’être dans cet atelier est toujours de froisser !”. Ainsi discouraient en grand tumulte les outils du charpentier. Tout le monde parlait à la fois. L’histoire ne dit pas si c’était le marteau qui accusait la scie et le rabot la lime ... mais à la fin de la séance, tout le monde se trouvait exclu !

La bruyante réunion prit fin subitement par l’entrée du charpentier dans l’atelier. On se tut lorsqu’on le vit s’approcher de l’établi. Il saisit une planche et la scia avec la scie qui grince  la rabota avec le frère rabot au ton tranchant qui épluche tout ce qu’il touche. Le frère ciseau qui blesse cruellement, notre sœur la râpe au langage rude, le frère papier de verre qui froisse, entrèrent successivement en action. Le charpentier prit alors nos frères les clous au caractère pointu et le marteau qui cogne et fait du tapage. Il se servit de tous ses outils au méchant caractère pour fabriquer un berceau. Pour accueillir l’enfant à naître. Pour accueillir la Vie.

“Fabriquer un berceau pour accueillir la Vie...” Dieu, à l’image de ce charpentier silencieux, travaille dans le secret du monde. Dans sa sagesse Il trace des lignes droites avec les courbes de nos communautés ecclésiales pécheresses. Les tourbillons de nos échanges théologiques sont parfois tumultueux, pour une part inévitables, mais ils ne peuvent nous faire perdre pied. Si l’espérance est l’ancre de nos débats, nous rencontrerons l’Inespéré et cette union pourra se faire “par le dedans” comme l’a tellement souhaité Monsieur Portal. Le monde attend son Sauveur. Saurons-nous être des pierres vivantes dans des Églises servantes, ouvertes et créatrices de nouveaux espaces conciliaires œcuméniques ? (K. Raiser)

L’été étant propice aux découvertes, à la gratuité, puisse ce nouveau Tychique nous encourager à oser faire un pas de rencontre, de communion en allant, pourquoi pas, prier avec des frères d’une autre Église !

Denise Vincent

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