OUVERTURE
En Côte dIvoire, lété dernier, lors dune célébration avec tous les responsables Cana dAfrique et de lOcéan Indien, un évêque anglican du Kenya, Mgr Francis Mwayi Abiero, invite les couples à sapprocher pour entourer lautel :
-Que voyez-vous ? -Une coupe et une patène devant la Bible -Oui, mais quy a-t-il dedans ? -Rien. -Mesurez-vous lampleur de ce moment liturgique que nous sommes en train de vivre ? Nous navons quun vide, un manque à offrir !
Et avec une grande profondeur, cet homme dÉglise de souligner une réalité douloureuse que partage la Communauté du Chemin Neuf. En effet, chaque jeudi soir, ses membres, dans leurs divers lieux de vie proposent loffice de lUnité, un temps dintercession à cette intention primordiale. Le premier vu dengagement au Chemin neuf nest-il pas de donner sa vie pour lunité des chrétiens ? Coupe et patène vides symbolisent pour nous, chrétiens de différentes confessions, limpossibilité actuelle de communier à la même table. Devant le cri de notre monde éclaté, en manque despérance, ny a-t-il pas un autre appel à entendre : « Quils soient un, Père, comme toi et moi nous sommes un » (Jn 17,21).
Il y a urgence à se retrouver et plus encore à mieux se comprendre. La rencontre à Assise, en janvier dernier en est la preuve : apprendre à donner à notre temps le signe dune unité encore à venir. Articles et témoignages de ce dossier soffrent à lire ici comme un présage. Oui, coupe et patènes sont vides : une misère humblement offerte chaque jeudi à la miséricorde dun Dieu Père qui accueille. Lui sait la souffrance de la séparation de bien des curs et de nombreuses Églises. Lui sait les élans vers lunion, les efforts répétés, mais aussi nos paralysies, nos raideurs notre péché ! Il promet ; le pari impossible de lunité jamais ne sera perdu ! « Laisse-moi dire paix sur toi, je prie pour ton bonheur ». Ne montons-nous pas vers la Jérusalem (céleste) où tout ensemble ne fera quun ? Comme le dit si bien le psaume 121 qui, comme une promesse, accompagne notre office du jeudi soir en lui donnant son véritable horizon ? « Jérusalem, bâtie comme une ville où tout ensemble fait corps, là où montent les tribus, les tribus du Seigneur » Oui, quelles y croient vraiment ou non, la marche des Églises est irréversible.
Il ny pas didentité chrétienne sans conversion, écrit
le Groupe des Dombes. La conversion est constitutive des Églises.
Elles ne méritent le titre de chrétiennes que si elles souvrent
à lexigence de con-version. Cest là, lespérance
inouïe qui habite les témoins de ces pages. Lcuménisme
pour eux, est un défi quils apprennent à relever avec confiance,
jour après jour.
Que ce soit dans la vie partagée dun couple mixte (Dominique et
Catherine Keller) ou la confrontation doctrinale de pasteurs théologiens
(Christian Forster, Damien Sicard, Olivier Clément). Ou encore lenracinement
personnel de frères et surs appelés à sengager
dans une communauté à vocation cuménique, habitant
des pays de tradition anglicane (Tim Watson), orientale (Joseph Eid), luthérienne
(Michaela Bormann).
Amis lecteurs, la rencontre dAssise ne resterait quun beau témoignage si dans nos vies quotidiennes nous refusions de nous laisser creuser, habiter par ce zèle que seul lEsprit donne ! Zèle à mettre notre énergie à rassembler ce qui a été dispersé, déchiré, séparé, au cours de lhistoire de nos Églises Oui, les murs de la séparation ne montent pas jusquau ciel (Abbé Couturier). Alors néteignons pas lEsprit ! (p.5) et puissions-nous à la lecture de ces pages être encouragés avec une sereine impatience à désirer le Don. Il donnera, cest sûr, les gestes fraternels, les paroles de vérité qui conviennent pour faire reculer nos frontières.
Denise Vincent
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