OUVERTURE

Dans le contexte de la mondialisation, la passion est à tous les carrefours et de tous les goûts : passion du sport, de la musique (du rap au reggae), passion pour l’esthétique, la peinture, l’art contemporain. Si “passion” dans son étymologie grecque veut dire pâtir, souffrir ; au sens actuel il signifie : enthousiasme, dynamisme : “Rien de grand dans le monde ne s’est fait sans passion” disait Hegel…

Ce dossier aborde une noble passion, essentielle, difficile pour la foi des hommes et des femmes que nous sommes : la passion de l’unité des Chrétiens. Aujourd’hui dans nos sociétés guettées, piégées par l’athéisme et les néopaganismes, les auteurs et témoins de ce premier dossier adoptent l’ultime prière du Christ : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé ». Il en ont même fait leur vocation au prix d’y trouver le sens profond de leur vie.

C’est ce que nous découvrirons avec France et Jean Philippe, un couple mixte où chacun a compris quelle était sa vraie place, son rôle. Lui, pasteur réformé, elle qui tout en se faisant proche, et soutien de son mari pasteur voit, au fil des années, sa foi catholique s’enrichir et s‘enraciner. Ce qui fait d’ailleurs la joie sereine de cette famille où l’œcuménisme au quotidien est devenu presque naturel ; peut-être parce que l’amour, en faisant sentir les différences non comme une menace mais comme une richesse, éclaire tout, simplifie tout.

Cette dynamique, nous la retrouvons dans le lien fraternel qui soutient les théologiens du Groupe des Dombes : depuis plus de soixante ans, ils travaillent pas à pas, et avec fécondité, au rapprochement des Églises. Là où les raisons du cœur et de l’intelligence font corps, des passerelles, des ponts se construisent pierre par pierre ; une œuvre parfois laborieuse mais combien précieuse ! Ces chercheurs de l’Unité sont des pionniers, des prophètes pour notre siècle qui, comme on a pu le dire, sera “le siècle de l’Œcuménisme”.

Cosignée par le président de la Conférence des Églises Européennes, la KEK qui rassemble les principales Églises protestantes, anglicanes, et orthodoxes - et par le président du Conseil des Conférences Épiscopales Européennes, le CCEE qui lui regroupe la partie catholique… la Charte Œcuménique Européenne témoi-gne, elle aussi de cette patiente collaboration, non seulement pour se comprendre mais déjà pour s’engager. Un engagement “pesé” mais audacieux, véritable pari pour l’avenir : le patriarche Athénagoras ne disait-il pas à Paul VI que l’Église est celle qui se souvient du futur ?

 


Déjà des expériences sur le terrain comme celle de ces catéchistes catholiques et protestants évangélisant ensemble à Lyon (p. 30), ou celle d’Enzo Bianchi à Bose (p. 35), ou encore de Lenka à l’abbaye Hautecombe (p. 62), montrent que l’œcuménisme est déjà bien en marche, mais plus encore, qu’il tisse les mailles d’une véritable fraternité ecclésiale. Là où ensemble, des chrétiens de confessions différentes apprennent à se recevoir de Celui qui seul peut réaliser en nous “l’impensable de nos esprits et l’impossible de nos cœurs” écrivaient ensemble le père Maurice Jourjon et le cher pasteur Alain Blancy, aujourd’hui dans la lumière du Père…

L’unité des Chrétiens n’est pas une option facultative, ni ne se réduire à de simples gestes de courtoisie. Mais elle est un réel défi : il y va de l’identité chrétienne et de la nature de l’Église ; l’unité est intrinsèquement constitutive de la foi en un Dieu trinitaire. Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu n’est pas désigné comme le Dieu d’Abraham seul, mais il est toujours « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ».

Oui, “le futur a un avenir” disait le Cardinal Etchegaray. C’est ce qu’ont compris Abraham et Marie, les premiers, dans l’un et l’autre testaments, à se rendre disponible à l’appel du Dieu unique ; tous deux témoins d’un “Dieu qui, partant de rien, va à tous” (C. Gallant-Combet), et dont “l’humble acceptation force toute admiration” (J. Tartier).

« Me voici pour faire ta volonté »… Dans un monde où nous sommes confrontés sans cesse au risque de l’éclatement, de la brisure des liens, notre espérance nous porte d’autant plus à croire en l’Unité, celle pour laquelle Jésus a prié. C’est pourquoi, amis lecteurs, au seuil de cette Nouvelle Année, je formule le vœu qu’à la lecture de ce Tychique, l’Esprit puisse nous aider à rechoisir l’amour pour les autres Églises, et nous donner un nouvel élan pour “espérer au-delà de toute espérance !”

Denise Vincent

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