OUVERTURE

Ce dossier pourrait paraître atemporel, mais en vérité, en période de guerre y a-t-il question plus urgente que la recherche de réconciliation, de paix et de guérison ? En ouvrant ces pages me vient cette histoire que je vous livre en manière de parabole…

Curieuse expérience que fit cette personne, restée enfermée pendant plus de vingt heures dans une chambre mansardée au
cinquième étage d’une grande bâtisse vide en plein cœur de Paris. La porte blindée s’était refermée sans qu’elle puisse rien faire. Le temps passait, minutes puis heures s’égrenèrent inexorablement, soixante douze mille minutes au moins où, surprise, agacement, colère s’étaient
succédés et avaient eu raison de son sommeil.

Quelques tentatives pour en sortir avaient germé, de la plus illusoire -le ciseau d’écolier pour ouvrir la porte blindée, à la plus audacieuse-la marche périlleuse sur l’étroite gouttière surplombant le vide. Aucune n’avait abouti et le quartier était complètement désert. Il lui fallut se résigner, attendre en bonne prisonnière l’heure de la délivrance qui, c’était sûr, viendrait. Ce n’était pas si dramatique… Simplement attendre et prendre son mal en patience. Les heures d’attente devinrent étonnamment paisibles. Elle savait après tout que le propriétaire finirait bien par rentrer. La vie après le week-end reprendrait ses droits !

Maintenant, résolument seule devant la fenêtre ouverte sur le ciel de la capitale, elle entendait les rumeurs lointaines, étouffées montant de l’arrière-cour…
Étrange expérience où sa prison d’un jour se transforma peu à peu en oratoire. Pour elle, le ciel s’ouvrit comme au Jourdain (Mt 3, 16). Elle se retrouva en communion avec les prisonniers de la terre, les malades immobilisés dans leur lit d’hôpital, les incarcérés dans leurs geôles, et tous les enfermés au dedans de leur âme, sans espoir. Elle, elle avait la chance de savoir que sa délivrance serait proche, mais combien d’hommes en détresse ce jour même s’obstineraient à ramer à la force du poignet pour fuir leur épreuve, l’insupportable ? Combien plongeraient dans le vide, l’enfer… de la drogue, des faux plaisirs en trompe-l’œil, en trompe-cœur ? D’autres encore en restant prostrés s’enfonceraient un peu plus dans l’enfer intérieur de la dépression…
Fuir ou s’aventurer à ses risques et périls, n’est-ce pas la tentation qui guette bien des hommes et des femmes devant l’épreuve et la souffrance ?

Ce dossier se veut une invitation à ouvrir chacun notre fenêtre et à laisser la grâce nous envahir. Tous, nous sommes d’une manière ou d’une autre confrontés - comme accompagnateurs ou personnellement - à l’épreuve, la souffrance, la maladie ; à la tentation aussi de les fuir et d’y échapper. Mais Quelqu’un nous accompagne sur ce chemin.

Cependant il y a une vigilance à acquérir car “tout ne se vaut pas”, nous dit O. de Varine. Il nous invite à discerner en nous donnant quelques clés pour repérer la consolation et la désolation dans nos vies et l’esprit qui nous conduit : “Il faut discerner pour ne pas se tromper de bonheur !”
B. Ugeux pose la trame de fond de ce dossier : il n’y a pas de vie humaine sans expérience de la fragilité, il n’y a pas d’amour sans souffrance. “Seul l’amour de Dieu sauve et guérit”.

Pour éclairer ce fondement anthropologique, le témoignage d’une jeune grand-mère étonnante,
Sylvie, nous interpelle : “La guérison est-elle si essentielle ?” Elle nous rappelle que la véritable guérison est en Dieu et dans la vie filiale. N. Meguerditchian nous dévoile l’humanité profonde du thérapeute qui refait sans cesse un travail de vérité avec lui-même…
Tel Job, le récit de Yves et Frédérique qui, dans l’épreuve du départ d’un enfant pour le ciel et de la maladie grave, acceptent de se laisser pénétrer peu à peu par la lumière de la Vie… Soulagement et joie de dépasser l’insupportable.

Face à un certain acharnement thérapeutique et refus de vieillir, le désir de “guérir à tout prix”, avec ses ventes d’organes à travers les continents et son supermarché de recettes de guérison, peut devenir la tentation subtile de se faire “dieu”. Les auteurs, théologiens, accompagnateurs, ou simples témoins de différentes confessions nous disent que la vraie guérison est restauration de l’homme (É. Visseaux). Elle est unification du cœur et de l’esprit (P. Zacharie) où l’homme blessé à mort se transforme blessé à vie ! (p. 39). N’est-ce pas un peu notre histoire à tous ? Comme celle de ce père anonyme qui découvre son fils en retrouvant son père (p. 49). Cœur parfaitement filial donc fraternel, habité par l’esprit (JC Sagne).

Puissent ces pages nous apporter le véritable sens de la souffrance ! N’ayons pas peur d’offrir nos épreuves à Celui qui peut triompher de tous nos maux…
“Tout est grâce !”

Denise Vincent

© tychique