OUVERTURE
Traversée de plein fouet par les bouleversements majeurs qui secouent notre société, la vie du couple et de la famille dans cette première année du nouveau millénaire n'a pas été "un long fleuve tranquille". On a parlé çà et là de sinistres naturels, de déchirures dans le tissu social, politique et humain ; d'allergie pour les efforts de longue durée, de dissolution de la famille et des valeurs ; "de la puissance des moyens mis à la disposition de chacun et de tous, et de la perturbation des fins qui ne parviennent plus à donner de la mesure et à fournir du sens" (H. Madelin).
La famille, en première ligne, est exposée, fragilisée, écartelée ; voire sinistrée, elle aussi Il pleut à verse sur les familles du XXIème siècle ! Serait-ce le ciel qui pleurerait sur les familles comme Jésus a pleuré sur Jérusalem ? (Lc 19,41). Oui, des pluies torrentielles tombent sur les familles Comme celles qui ont mouillé jusqu'aux os les milliers de pèlerins venus à Rome célébrer "les enfants, printemps de la famille" pour le Jubilé des familles en octobre dernier. Cocasse, non ? "Pluie de bénédictions !" s'exclamait-t-on joyeux autour de moi. Sans nulle doute des milliers de familles "mouillaient à la grâce" ce jour-là, c'est indéniable...
Mais pourtant en pensant aux drames, aux nombreuses ondes de choc, aux violences, et aux dérives sociales où les décisions les plus graves sont prises sans référent réel, je ne peux pas ne pas penser aujourd'hui à ces torrents de boue qui ont aussi déferlé depuis lors sur les maisons du Nord provoquant l'amertume de la défaite et l'incertitude de l'avenir. Oui, "l'hiver est dur, prolongé et cruel pour trop d'enfants et de familles" rappelait le cardinal Trujillo. Trop d'intempéries, d'influences néfastes et d'incitations de toutes sortes obstruent le chemin d'une vraie humanisation dans les familles et obscurcissent le courage et la force d'espérer.
Pourtant, beaucoup de chrétiens de toutes confessions, ni nostalgiques du passé, ni frileux devant l'avenir, continuent à temps, à contre-temps, et à contre courants, d'annoncer la Bonne Nouvelle du Salut en Christ pour le Couple et la Famille ; à proposer des week-ends, des sessions, des espaces de paix, de fraternité et de soutien pour entendre la Parole de Dieu, discerner les priorités (N. Baldacchino), et (re)trouver un chemin d'espérance.
Oui, "l'avenir de l'humanité passe par la famille" (J-P. II). Dans cette dynamique, Cana, mouvement conjugal parmi bien d'autres dans l'Église, propose de revenir à l'essentiel, à cette grande leçon héritée du Père Caffarel et des Équipes Notre Dame : "le devoir de s'asseoir", de s'arrêter et de prendre du temps en couple, pour son couple et sa famille.
C'est déjà dans cette dynamique de partage que Tychique a édité deux numéros sur les thèmes : Homme et femme Il les créa (n°35), et Il y eut des noces à Cana (n°67). Ils eurent beaucoup de succès et restent encore aujourd'hui tout à fait d'actualité. Des couples y partageaient leur expérience sous forme d'articles ou de témoignages. Avec ce nouveau Tychique, et le prochain, nous avons choisi de garder la même ligne éditoriale en invitant à poursuivre le partage pastoral et la réflexion... Ces dossiers ne touchent pas de près à tel ou tel drame évoqué plus haut, mais les auteurs y sont, de fait, discrètement, et réellement confrontés...
Il revenait à François et Laurence Cartier, responsables de Cana International d'en ouvrir les premières pages, en nous mettant d'emblée au coeur de cette expérience unique, intime, que des milliers de couples ont faite, et qui a des incidences sur le corps social : « Tu as gardé le meilleur pour la fin »...
Expérience humaine et itinéraire spirituel (Mgr Danneels) adossés à deux piliers porteurs : la prière en couple, ce "trilogue" qui ouvre le coeur à la douceur de Dieu (D. D. Hévin), et la Réconciliation, source recréatrice de vie et d'amour (H. Toche). Ce qui permet à la tendresse et à la sexualité d'être renouvelées et de s'ouvrir ainsi au Mystère trinitaire qui l'habite (M. C. Tillé et E. C. Protais).École de don, "d'abandon jusqu'à l'oubli de soi" (J-C. Sagne) ; l'amour de l'autre dans la durée est aussi école de pauvreté (C. Chomel) et sortie de "l'indifférence devant la différence" (F. de Muizon). Pari sur l'avenir, où le plus fragile, le plus vulnérable, l'handicapé, devient chemin pour les plus forts (M. M. Viénot)...
Ce Tychique ouvre des pistes, propose quelques repères et convictions Il ne dit pas tout mais initie à un itinéraire de découvertes, sinon d'approfondissement de la vie conjugale et familiale vécue en Église qui se poursuivra dans le n°150 avec Mgr Lustiger, X. Lacroix, R. Beaupère, F. Faul, D. M-C. Ferry, A. Mattheews...
« Voici les temps nouveaux » ; il ne pleuvra pas toujours sur nos familles. La grâce de Dieu demeure. Même si la porte du jubilé se referme, ne la refermons pas sur nous ! Passons ce nouvel an de l'autre côté pour annoncer le printemps qui vient. (Ct 2,10)
À tous, amis lecteurs nos meilleurs voeux de Bonne et Sainte
Année !
Denise Vincent
© tychique