OUVERTURE

Le Pape Jean-Paul II, il y a quelques mois, est allé en Terre Sainte "non en chef d'état mais comme un mendiant de la Parole à sa source" écrivait Bernard Dupuy. On ne peut penser encore qu'avec émotion et reconnaissance au geste humble et fécond de cette main tremblante posée sur les restes du rempart du Temple de Jérusalem ("le mur occidental"). Geste implorant à nouveau le pardon pour les manques de fidélité à la fraternité avec le Peuple de l'Alliance. Geste inaugurateur d'une période nouvelle, invitation à élargir notre vision du travail œcuménique à l'esprit biblique de l'unité qui inclut non seulement toutes les confessions mais aussi le peuple juif. C'est avec cette vision pleine de foi et d'espérance dans ce travail œcuménique que ce Tychique nous invite à ouvrir la Bible pour faire la rencontre avec un Dieu qui parle au cœur des hommes.

Les deux premières pages inaugurent un genre nouveau : « une première », cette fois-ci à l'abbaye d'Hautecombe avec un petit aperçu suggestif de Marie-Thérèse Subtil sur la session concernant justement la Tradition juive. Nicole Fabre, bibliste protestante (ERF), nous ouvre le dossier sur la Bible. Elle donne la toile de fond :
la Révélation biblique est d'abord celle d'un Dieu mêlé à nos histoires, une Parole de Dieu livrée dans et à nos paroles d'hommes.

Jean-Claude Sagne donne plus une indication de méthode : les différentes manières traditionnelles d'approcher les écritures, qui sont d'ailleurs mises en œuvre dans les articles de ce dossier en deux numéros (celui-ci et un prochain).
On peut étudier le texte biblique. C'est le cas avec François de Muizon qui nous propose un travail précis sur un texte capital et central de la Bible où Esaïe pressentait déjà le mystère d'un Serviteur souffrant qui accomplirait le salut des hommes.
On peut lire les Saintes Écritures. Pascale Morbois, avec beaucoup de fraîcheur et d'humour, partage son expérience de lecture régulière de la Bible : une expérience de proximité avec un Dieu qui s'est peu à peu révélé un Père de tendresse et de miséricorde lui donnant force et courage.
On peut méditer la Parole. Emmanuel Daublain avec concision et pédagogie propose quelques pages pour prier la Parole avec Ignace de Loyola : "une manière de procéder" où la Parole ouvre le dialogue avec Dieu comme un ami parle avec un ami.
Le passage de la méditation à la contemplation se retrouvera avec l'expérience de la Parole vivante reçue et méditée dans les assemblées de prière (Hélène Carosin). Ou encore en se glissant avec tout son être : son corps, son intelligence et son affectivité dans la prière des psaumes qui nous entraînent, comme le dit Enzo Bianchi, à faire de toutes nos prières le beau passage de la supplication, la protestation parfois à la louange et l'action de grâce.

Ce Tychique de rentrée vient nous rejoindre à l'heure même où nous sommes peut-être encore pleins des images de l'été et des vacances, remplis des échos bouleversants des J.M.J. et des sessions à Gagnières, au Puy-en-Velay, à Paray, Lourdes, Lisieux ou Hautecombe. Le numéro 43 de Tychique nous avait introduits dans différentes manières de Lire
la Bible : lectures juive, patristique, historico-critique, structurale,
spirituelle, psychologique Un ensemble riche qui n'a pas vieilli ! Ce numéro-ci (et celui qui le complétera) propose avant tout des manières de procéder pour ouvrir le livre des Écritures et prier la Parole : "cette source qui veut apaiser notre soif" (p. 11).
Amis lecteurs, en préparant cette ouverture, je repensais à Lucyna, une jeune polonaise, et à la joie qu'elle nous a communiquée le jour où elle reçût, après quelques semaines de présence parmi nous, la première lettre de son fiancé. Elle la gardait sur son cœur. Elle nous la montrait avec bonheur en voulant attendre le soir pour la lire après avoir préparé son cœur. La lettre est le premier modèle du récit. La Bible dans son ensemble est comme une lettre de fiançailles que Dieu adresse à chacun de nous. À l'image de Lucyna, la Fraternité Saint Marc accompagne des hommes et des femmes qui souhaitent, en "apprenant par cœur" le texte des Écritures, préparer leur cœur à la lecture de cette lettre d'Alliance.

Or nous savons bien qu'il n'y a pas d'amour véritable sans expérience de pauvreté. Ne dit-on pas à Cana que "le couple, c'est un pauvre devant un autre pauvre".

Chrétiens, nous sommes invités à la même pauvreté pour ouvrir la Bible et la laisser nourrir notre âme. Saurons-nous tout au long de ces mois jubilaires revenir dans le jardin des Écritures non avec puissance mais comme des mendiants de la Parole avec un cœur fondé sur tout ce que dit notre Dieu, « un cœur docile qui écoute » ? (1 R 3,9).

Denise Vincent

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