Un article qui ne manquera pas d'intéresser
toutes les équipes
pastorales soucieuses « d'évangéliser les
demandes sacramentelles »
et de favoriser l'intégration des nouveaux baptisés
et des
« recommençants » dans une vie paroissiale
conviviale et missionnaire.
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Jean-Hubert Thieffry curé de la paroisse
Saint Denys de la Chapelle |
Rue de l'Évangile
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C'est le nom de la rue qui traverse le
quartier de la Chapelle (Paris 18ème, 27 000 habitants,
60 nationalités) Mais seulement 1,3 % de la population
fréquentait l'église régulièrement
avant la Journée Mondiale de la Jeunesse. Comment atteindre les 98,7% restants ? Et comment faire grandir la dimension communautaire et la conscience missionnaire de ceux qui se reconnaissaient déjà comme croyants ? |
Par ailleurs, plusieurs petits groupes de partage de vie, de
qualité, aspiraient à s'élargir. Beaucoup
de pratiquants assumaient des services concrets, mais les liens
entre les personnes assumant ces services et le reste de la vie
paroissiale demandaient à être renforcés.
Enfin le besoin de catéchistes, d'animateurs d'aumônerie,
d'équipe de préparation pour les mariages et les
baptêmes indiquait la nécessité de redécouvrir
la vocation missionnaire locale de tout baptisé.
« Venez et voyez »
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En 1997, la paroisse, comme
d'autres en France, a été sollicitée pour
accueillir des jeunes à l'occasion des JMJ. Nous nous
souvenons tous de l'invitation faite aux jeunes du monde entier
: " Venez et voyez ! " Des jeunes (nous en attendions
2000) allaient venir chez nous, de Pologne, de Saint Domingue,
des États-Unis, d'Australie pour voir Mais voir quoi ? il n'y avait ni édifice extraordinaire, ni communauté chrétienne si vivante qu'elle vaille le déplacement ! |
Le petit miracle
Emboîtant le pas sur l'acte de foi du Pape, nous nous sommes
donc préparés à accueillir les jeunes. Pendant
presque deux mois, deux puis quatre, puis quinze, puis quarante
et jusqu'à cent dix personnes de la paroisse et du quartier
ont uvré pour les recevoir.
Nous avons aménagé les locaux, partagé
les repas, prié ensemble et intercédé personnellement
pour les jeunes qui allaient venir.
Et au moment où les jeunes sont effectivement arrivés,
un petit miracle s'était produit : il y avait quelque chose
à voir : une communauté chrétienne vivante
et accueillante !
Deux questions
- Qu'est ce qui a rendu notre paroisse vivante ?
- Comment continuer à vivre cela par la suite ?
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jour, le Seigneur adjoignait à la communauté (4) ceux qui seraient sauvés. » Actes 2,42. |
Ainsi à la relecture des événements des JMJ et des actes des apôtres, il semblait que le 'petit miracle' qui s'était produit au milieu de nous était dû au fait que nous avions vécu 6 points importants et ce avec les mêmes personnes :
(1) La prière (personnelle et communautaire).
(2) La vie fraternelle (repas, vie ensemble, groupe de
partage sur ce que nous vivions).
(3) Le service concret (préparation des lieux, des
repas).
(4) La mission (toute cette activité, cette dynamique
était au service de l'évangélisation des
jeunes).
(5) L'approfondissement de la Foi (à l'occasion
des grandes célébrations et des catéchèses).
(6) Le lien avec l'Église universelle (une ouverture
au delà des frontières de la paroisse).
Nous avions déjà essayé de vivre ces différents points avant les JMJ, comme nous l'avons évoqué au début de cet article, mais nous avions voulu les promouvoir séparément, sans succès ; nous en découvrions la fécondité en les vivant simultanément avec les mêmes participants.
Comment continuer à vivre cette grâce communautaire et missionnaire au delà des JMJ ?
| "Dans la situation actuelle, les fidèles laïcs peuvent et doivent faire énormément pour la croissance d'une authentique communion ecclésiale à l'intérieur de leurs paroisses et pour éveiller l'élan missionnaire vers les incroyants et aussi vers ceux, parmi les croyants, qui ont abandonné ou laissé s'affaiblir la pratique de la vie chrétienne"(1). |

Toute cette énergie que nous avions mobilisée pour l'accueil et l'évangélisation des jeunes de ces pays lointains, ne pouvait-elle pas l'être aussi pour l'évangélisation de notre propre quartier ? Ici aussi, il y avait un grand champ à moissonner ! Mais comment faire ? Avec les paroissiens nous avions travaillé la lettre des évêques aux catholiques de France "proposer la foi dans la société actuelle" (1996) ; elle soutenait notre élan mais nous cherchions des moyens pour concrétiser cette proposition.
Début 1998, nous avons rencontré Charles et Felicity Hadley (membres de la Communauté du Chemin Neuf en Angleterre). Charles est prêtre anglican, responsable d'une paroisse rurale à deux heures au nord de Londres. Tous deux ont évoqué avec nous leur expérience d'évangélisation locale associant convivialité, exposé de la foi, échange et expérience spirituelle. Depuis quatre ans ils se réjouissaient des nombreux fruits produits. Ils avaient repris en cela une expérience de la paroisse anglicane Holy Trinity Brompton (HTB) de Londres : le Cours Alpha. (dix soirées hebdomadaires et un week-end, associant repas convivial, enseignement sur une question fondamentale de la foi et groupe de discussion) Ces cours s'adressent aux personnes en recherche : aux incroyants, aux croyants non pratiquants, aux pratiquants occasionnels, aux recommençants dans la foi et aux nouveaux arrivés sur la paroisse.
Le consensus de notre équipe pastorale pour un tel
parcours nous est apparu un signe de l'Esprit. L'écho
fut favorable au sein du conseil pastoral paroissial et auprès
de notre évêque. Nous avons décidé
de mettre en uvre ce Cours. Et pour cela, après une
année de repos, nous avons sollicité l'équipe
qui avait été au service des JMJ, enrichie pour
l'occasion, de personnes représentatives de la diversité
paroissiale.
Neuf mois après
La rencontre avec Charles et Felicity, naissait donc à
Saint Denys de la chapelle, le premier Cours Alpha dans l'église
catholique de France. (Il en existait, depuis trois à quatre
ans, dans les églises protestantes).
À nouveau, nous mettions en uvre les six dimensions :
- la prière (l'intercession pour les participants
au cours puis la prière avec eux).
- l'attention missionnaire (pour inviter puis accompagner
les personnes dans leur cheminement).
- le service (préparation et service des repas,
aménagement des salles, etc.)
- la vie fraternelle (dans l'équipe des serviteurs,
au cours des repas avec les participants, dans les groupes de
discussion. Puis dans les relations de quartier).
- la formation (dispensée aux serviteurs Alpha et
aux participants).
- le lien plus large avec l'Église (avec notre évêque,
avec la paroisse anglicane HTB, avec les autres paroisses où
naissent des groupes Alpha).
À notre grand étonnement nous nous sommes retrouvés
120 personnes lors de la première
soirée ! (45 serviteurs et 75 participants).
Au total, en dix huit mois, cent vingt personnes du quartier
ont suivi régulièrement le cours et quatre vingts
autres ont assisté à quelques soirées sans
poursuivre jusqu'au bout.
Cette dynamique missionnaire a fait grandir la foi et l'expérience communautaire des serviteurs qui s'y sont engagés. La proclamation de la Parole à ceux qui cherchent, se fait donc maintenant au cur d'une communauté locale qui vit davantage ce qu'elle annonce ; Et quelle joie d'être témoins de conversions au Christ de personnes auparavant loin de l'Église, et ce, non pas dans des centres de retraites lointains ou au cours de grands rassemblements, mais localement, au sein même de la paroisse. C'est toute la mission chrétienne locale qui a repris sens.
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Le cours Alpha nous a aussi donné l'occasion d'évangéliser
les demandes sacramentelles. Nous proposons le plus souvent le
Cours au couples qui se préparent au mariage, à
certains parents à l'occasion de la demande de baptême
pour leur petit enfant, aux pré-catéchumènes
et même aux personnes exprimant une recherche spirituelle
à l'occasion de la préparation des inhumations.
Ainsi les demandes sacramentelles au lieu d'être marquées
par le décalage entre le désir exprimé et
le mystère célébré, deviennent davantage
occasions d'évangélisation et de rencontre du Christ
pour ceux qui en dehors de ces demandes n'auraient vraisemblablement
pas eu de contact personnel avec la communauté chrétienne.
Ces nouveaux croyants qui nous transforment
23 mars 2000
| "Des dialogues et des confrontations sont nécessaires entre ces nouveaux venus à la foi et les catholiques de vieilles souches, afin d'inventer un style de vie ecclésiale qui tienne compte de l'interconnexion grandissante des cultures"(3). |
Au terme
d'un ou deux parcours Alpha, les personnes, d'origines diverses,
qui avaient fait la rencontre du Christ dans un climat fraternel,
"nourrissant" et spirituel, ont spontanément
cherché à retrouver ces différents aspects
de la vie chrétienne dans la vie ordinaire de la paroisse
! C'est ainsi que toute la paroisse qui fut concernée et
interpellée
En France, un tiers des baptisés adultes s'intègrent dans l'Église après leur baptême mais un tiers ne garde qu'un lien épisodique et un tiers n'en garde aucun. L'évangélisation par la communauté chrétienne locale et l'évolution communautaire de la paroisse ont favorisé l'intégration des nouveaux baptisés et des "recommençants" en leur offrant de vivre dans la durée ce qu'ils avaient expérimenté dans leur temps d'initiation.
Enfin notre joie est grande de voir ces nouveaux croyants désirer
à leur tour transmettre à d'autres ce qu'ils ont
découvert et d'en avoir le cadre pour le faire.
Nous ne sommes qu'au début de cette aventure mais elle nous construits de l'intérieur en même temps qu'elle nous donne de partager ce que nous avions de plus cher.
Article écrit en collaboration avec
Michel Le Piouff, prêtre, Corinne Vergnais,
Claude et Genevieve Gayral et Joyce Prosper
de l'équipe pastorale.