L'évangélisation dans la paroisse :

Un article qui ne manquera pas d'intéresser toutes les équipes
pastorales soucieuses « d'évangéliser les demandes sacramentelles »
et de favoriser l'intégration des nouveaux baptisés et des
« recommençants » dans une vie paroissiale conviviale et missionnaire.
 Jean -Hubert

 Jean-Hubert Thieffry

curé de la paroisse Saint Denys de la Chapelle
Chemin Neuf, Paris 18ème


De l'élan des JMJ au Cours Alpha

La paroisse Saint Denys de la Chapelle


Rue de l'Évangile
   C'est le nom de la rue qui traverse le quartier de la Chapelle (Paris 18ème, 27 000 habitants, 60 nationalités) Mais seulement 1,3 % de la population fréquentait l'église régulièrement avant la Journée Mondiale de la Jeunesse.
Comment atteindre les 98,7% restants ? Et comment faire grandir la dimension communautaire et la conscience missionnaire de ceux qui se reconnaissaient déjà comme croyants ?


Pierres d'attente et tentatives
Nous avons d'abord cherché à favoriser la convivialité des pratiquants en organisant des repas une fois par mois après la messe du dimanche. La participation fut bonne avec plus de 150 personnes à chaque repas ; mais les mois passant, il y avait de plus en plus d'enfants et de moins en moins de parents

Ces repas manquaient d'animation et de profondeur. Manger à la même table ne suffit pas à susciter la vie fraternelle.

Nous avons cherché à répondre à la demande de catéchèse adulte de certains recommençants dans la foi en les associant aux rencontres mensuelles du Catéchuménat paroissial. Mais la formation que nous donnions, surtout basée sur des enseignements manquait de partage fraternel, de convivialité et d'initiation spirituelle. De plus, le rythme mensuel de ces rencontres nous obligeait à remotiver les personnes avant chaque réunion (avec plus ou moins de succès).Depuis quelques années, le groupe de prière de la paroisse introduisait à une foi vivante, une expérience spirituelle. Mais les personnes en recherche qui rejoignaient ce groupe avaient aussi besoin d'une catéchèse de base.

Par ailleurs, plusieurs petits groupes de partage de vie, de qualité, aspiraient à s'élargir. Beaucoup de pratiquants assumaient des services concrets, mais les liens entre les personnes assumant ces services et le reste de la vie paroissiale demandaient à être renforcés.
Enfin le besoin de catéchistes, d'animateurs d'aumônerie, d'équipe de préparation pour les mariages et les baptêmes indiquait la nécessité de redécouvrir la vocation missionnaire locale de tout baptisé.


« Venez et voyez »
 Eglise de la paroisse St Denis de la Chapelle  En 1997, la paroisse, comme d'autres en France, a été sollicitée pour accueillir des jeunes à l'occasion des JMJ. Nous nous souvenons tous de l'invitation faite aux jeunes du monde entier : " Venez et voyez ! " Des jeunes (nous en attendions 2000) allaient venir chez nous, de Pologne, de Saint Domingue, des États-Unis, d'Australie pour voir
Mais voir quoi ? il n'y avait ni édifice extraordinaire, ni communauté chrétienne si vivante qu'elle vaille le déplacement !

Le petit miracle
Emboîtant le pas sur l'acte de foi du Pape, nous nous sommes donc préparés à accueillir les jeunes. Pendant presque deux mois, deux puis quatre, puis quinze, puis quarante et jusqu'à cent dix personnes de la paroisse et du quartier ont uvré pour les recevoir.

Nous avons aménagé les locaux, partagé les repas, prié ensemble et intercédé personnellement pour les jeunes qui allaient venir.
Et au moment où les jeunes sont effectivement arrivés, un petit miracle s'était produit : il y avait quelque chose à voir : une communauté chrétienne vivante et accueillante !

Deux questions
- Qu'est ce qui a rendu notre paroisse vivante ?
- Comment continuer à vivre cela par la suite ?

Qu'est-ce qui a rendu notre paroisse vivante ?
La joie vécue pendant cette période nous a amenés à relire l'expérience de l'église primitive :

 « Les premiers chrétiens se montraient assidus à l'enseignement (5) des apôtres (6), fidèles à la communion fraternelle (2), à la fraction du pain et aux prières (1). La crainte s'emparait de tous les esprits, nombreux étaient les prodiges et signes accomplis par les apôtres. Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun (2), ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun (3). Jour après jour, d'un seul cur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et chaque
jour, le Seigneur adjoignait à la
communauté (4) ceux qui seraient
sauvés. » Actes 2,42. 

 

Ainsi à la relecture des événements des JMJ et des actes des apôtres, il semblait que le 'petit miracle' qui s'était produit au milieu de nous était dû au fait que nous avions vécu 6 points importants et ce avec les mêmes personnes :

(1) La prière (personnelle et communautaire).
(2) La vie fraternelle (repas, vie ensemble, groupe de partage sur ce que nous vivions).
(3) Le service concret (préparation des lieux, des repas).
(4) La mission (toute cette activité, cette dynamique était au service de l'évangélisation des jeunes).
(5) L'approfondissement de la Foi (à l'occasion des grandes célébrations et des catéchèses).
(6) Le lien avec l'Église universelle (une ouverture au delà des frontières de la paroisse).

Nous avions déjà essayé de vivre ces différents points avant les JMJ, comme nous l'avons évoqué au début de cet article, mais nous avions voulu les promouvoir séparément, sans succès ; nous en découvrions la fécondité en les vivant simultanément avec les mêmes participants.

Comment continuer à vivre cette grâce communautaire et missionnaire au delà des JMJ ?
 "Dans la situation actuelle, les fidèles laïcs peuvent et doivent faire énormément pour la croissance d'une authentique communion ecclésiale à l'intérieur de leurs paroisses et pour éveiller l'élan missionnaire vers les incroyants et aussi vers ceux, parmi les croyants, qui ont abandonné ou laissé s'affaiblir la pratique de la vie chrétienne"(1).

 

Toute cette énergie que nous avions mobilisée pour l'accueil et l'évangélisation des jeunes de ces pays lointains, ne pouvait-elle pas l'être aussi pour l'évangélisation de notre propre quartier ? Ici aussi, il y avait un grand champ à moissonner ! Mais comment faire ? Avec les paroissiens nous avions travaillé la lettre des évêques aux catholiques de France "proposer la foi dans la société actuelle" (1996) ; elle soutenait notre élan mais nous cherchions des moyens pour concrétiser cette proposition.

Début 1998, nous avons rencontré Charles et Felicity Hadley (membres de la Communauté du Chemin Neuf en Angleterre). Charles est prêtre anglican, responsable d'une paroisse rurale à deux heures au nord de Londres. Tous deux ont évoqué avec nous leur expérience d'évangélisation locale associant convivialité, exposé de la foi, échange et expérience spirituelle. Depuis quatre ans ils se réjouissaient des nombreux fruits produits. Ils avaient repris en cela une expérience de la paroisse anglicane Holy Trinity Brompton (HTB) de Londres : le Cours Alpha. (dix soirées hebdomadaires et un week-end, associant repas convivial, enseignement sur une question fondamentale de la foi et groupe de discussion) Ces cours s'adressent aux personnes en recherche : aux incroyants, aux croyants non pratiquants, aux pratiquants occasionnels, aux recommençants dans la foi et aux nouveaux arrivés sur la paroisse.

Le consensus de notre équipe pastorale pour un tel parcours nous est apparu un signe de l'Esprit. L'écho fut favorable au sein du conseil pastoral paroissial et auprès de notre évêque. Nous avons décidé de mettre en œuvre ce Cours. Et pour cela, après une année de repos, nous avons sollicité l'équipe qui avait été au service des JMJ, enrichie pour l'occasion, de personnes représentatives de la diversité paroissiale.

 

Neuf mois après
La rencontre avec Charles et Felicity, naissait donc à Saint Denys de la chapelle, le premier Cours Alpha dans l'église catholique de France. (Il en existait, depuis trois à quatre ans, dans les églises protestantes).

À nouveau, nous mettions en uvre les six dimensions :

- la prière (l'intercession pour les participants au cours puis la prière avec eux).
- l'attention missionnaire (pour inviter puis accompagner les personnes dans leur cheminement).
- le service (préparation et service des repas, aménagement des salles, etc.)
- la vie fraternelle (dans l'équipe des serviteurs, au cours des repas avec les participants, dans les groupes de discussion. Puis dans les relations de quartier).
- la formation (dispensée aux serviteurs Alpha et aux participants).
- le lien plus large avec l'Église (avec notre évêque, avec la paroisse anglicane HTB, avec les autres paroisses où naissent des groupes Alpha).

À notre grand étonnement nous nous sommes retrouvés 120 personnes lors de la première
soirée ! (45 serviteurs et 75 participants).
Au total, en dix huit mois, cent vingt personnes du quartier ont suivi régulièrement le cours et quatre vingts autres ont assisté à quelques soirées sans poursuivre jusqu'au bout.

Cette dynamique missionnaire a fait grandir la foi et l'expérience communautaire des serviteurs qui s'y sont engagés. La proclamation de la Parole à ceux qui cherchent, se fait donc maintenant au cur d'une communauté locale qui vit davantage ce qu'elle annonce ; Et quelle joie d'être témoins de conversions au Christ de personnes auparavant loin de l'Église, et ce, non pas dans des centres de retraites lointains ou au cours de grands rassemblements, mais localement, au sein même de la paroisse. C'est toute la mission chrétienne locale qui a repris sens.

 "La pastorale dite "ordinaire", souvent vécue comme une pastorale de l'accueil, doit de plus en plus devenir une pastorale de la proposition"(2).

 

Le cours Alpha nous a aussi donné l'occasion d'évangéliser les demandes sacramentelles. Nous proposons le plus souvent le Cours au couples qui se préparent au mariage, à certains parents à l'occasion de la demande de baptême pour leur petit enfant, aux pré-catéchumènes et même aux personnes exprimant une recherche spirituelle à l'occasion de la préparation des inhumations. Ainsi les demandes sacramentelles au lieu d'être marquées par le décalage entre le désir exprimé et le mystère célébré, deviennent davantage occasions d'évangélisation et de rencontre du Christ pour ceux qui en dehors de ces demandes n'auraient vraisemblablement pas eu de contact personnel avec la communauté chrétienne.

Ces nouveaux croyants qui nous transforment
23 mars 2000
 "Des dialogues et des confrontations sont nécessaires entre ces nouveaux venus à la foi et les catholiques de vieilles souches, afin d'inventer un style de vie ecclésiale qui tienne compte de l'interconnexion grandissante des cultures"(3).
Au terme d'un ou deux parcours Alpha, les personnes, d'origines diverses, qui avaient fait la rencontre du Christ dans un climat fraternel, "nourrissant" et spirituel, ont spontanément cherché à retrouver ces différents aspects de la vie chrétienne dans la vie ordinaire de la paroisse ! C'est ainsi que toute la paroisse qui fut concernée et interpellée
Nous ne pouvions pas seulement proposer à ces nouveaux chrétiens la participation aux offices, un service une mission ou une poursuite de la formation, mais il nous fallait proposer ces différentes dimensions articulées les unes avec les autres. C'est ainsi qu'à tous ceux (anciens et nouveaux) qui assurent un service dans la paroisse, nous proposons désormais régulièrement, une formation à la prière et au discernement (ou une formation biblique) et un repas fraternel. Nous invitons de plus en plus les équipes d'animation qui intègrent ces "nouveaux", à prier et à partager ensemble, en veillant à nourrir spirituellement la mission ou le service de chacun. Nous cherchons aussi à intégrer dans la liturgie des modes d'expression appartenant aux différentes cultures de ces nouveaux croyants.

 

En France, un tiers des baptisés adultes s'intègrent dans l'Église après leur baptême mais un tiers ne garde qu'un lien épisodique et un tiers n'en garde aucun. L'évangélisation par la communauté chrétienne locale et l'évolution communautaire de la paroisse ont favorisé l'intégration des nouveaux baptisés et des "recommençants" en leur offrant de vivre dans la durée ce qu'ils avaient expérimenté dans leur temps d'initiation.

Enfin notre joie est grande de voir ces nouveaux croyants désirer à leur tour transmettre à d'autres ce qu'ils ont découvert et d'en avoir le cadre pour le faire.

Nous ne sommes qu'au début de cette aventure mais elle nous construits de l'intérieur en même temps qu'elle nous donne de partager ce que nous avions de plus cher.

Article écrit en collaboration avec
Michel Le Piouff, prêtre, Corinne Vergnais,
Claude et Genevieve Gayral et Joyce Prosper
de l'équipe pastorale.

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