
C'était à midi, à
la fin du mois d'août. En mangeant tranquillement avec Claude,
dans son jardin, elle me dit : "Il me semble qu'après
mon pèlerinage à St Jacques de Compostelle (1 300
km à pied !), je ressens le désir intérieur
d'offrir ma maison comme espace d'accueil pour le Seigneur, mais
comment ?". Un mois plus tard, la question était résolue
! C'est là que nous allions débuter le premier cours
ALPHA donné à Mazargues, et je crois, à Marseille
également. Quelle joie de retrouver dans une paroisse la
dimension de l'église domestique ! Tous, participants et
serviteurs, nous avons été marqués par l'accueil
fidèle d'un sourire lumineux, les photos de famille sur
les murs, un lieu habité et chaleureux. On croyait y être
25, c'est le double qui s'y est régulièrement réuni
! Grand chambardement : la cuisine surpeuplée, la TV rangée,
les chambres transformées en groupes de partage ! Mais,
selon le proverbe brésilien, la maison devint comme un
cur de maman : à l'intérieur, il y a toujours la
place pour un de plus !
La convivialité
C'est le premier mot-clé du cours
ALPHA, à vivre autour d'un excellent repas ! Selon St Jean,
à Cana, le Seigneur proposa à ses disciples, comme
premier acte communautaire, non pas une prière au temple
ou une étude biblique, mais un repas de noces, où
d'ailleurs, il changea l'eau en vin pour des invités déjà
bien rassasiés ! Le pourquoi d'une telle libéralité
est facile à comprendre : l'essentiel de la mission de
Jésus est d'apporter aux hommes une Bonne Nouvelle, une
excellente nouvelle et cela se fête : Dieu fait en Jésus
une alliance d'amour avec l'homme ! 2 000 ans plus tard, c'est
la même joie qui nous porte et qui est partagée dans
la douceur de la rencontre fraternelle. Au fil des semaines l'amitié
et l'entraide grandissent et les discussions à table vont
bon train. On est passé du prudent : "Quel est donc
le thème de cette soirée ?" à l'exclamation
décontractée : "Hum ! Cela sent bon, quel est
donc le menu de ce soir ?"! Le christianisme n'est pas une
multinationale religieuse qui se répandrait par études
de marché ou analyses publicitaires. Il est une grande
famille où une Bonne Nouvelle se répand par le feu
de l'amour et du service fraternels.
3. Réflexion et expérience
Pour un grand nombre de chrétiens,
la foi reçue l'a été à travers la
catéchèse de la petite enfance jusque vers l'âge
de 12 à 14 ans. Puis l'adolescence et l'âge adulte
sont arrivés avec leur lot de questionnements et de difficultés.
C'est en général à cette époque que
l'on a "décroché". Et c'est là
le problème : la foi, elle, n'est pas passée à
l'âge adulte. Comment donc répondre aux questions
de l'homme (problèmes d'identité, de travail, de
couples, d'éducation etc) avec une foi restée enfantine
? On ne peut en ressortir que frustré ou persuadé
que la religion est bonne pour mener les enfants vers une vision
un peu idéaliste et irréelle des choses, mais face
au quotidien de l'homme mûr, on se retrouve seul ! Le cours
ALPHA essaie de faire mûrir la foi reçue à
partir d'enseignements et d'expériences. Et les deux sont
importants : pour une vraie foi, il faut convertir son mode de
penser, son intelligence et en même temps cela atteint notre
cur, sentiments et volonté. Voici ce qu'écrivait
une jeune maman dans les feuilles de bilan du cours : "Les
enseignements d'ALPHA démantèlent un mur construit
avec une catéchèse pleine d'inepties et des tas
de non-réponses pour construire peu à peu sur du
bon sens, sereinement et sainement." Cette citation, certainement
injuste en ce qui concerne
la catéchèse donnée aujourd'hui aux enfants
des paroisses, illustre cependant très bien le passage
qui s'opère dans le cours ALPHA et qui mène la foi
vers l'âge adulte. ALPHA est donc un cours mais aussi un
parcours semé d'expériences : le chant, la prière
individuelle, collective ou les uns pour les autres, des jeux,
l'humour, le partage, les services, des sorties ensemble etc.
C'est vrai que l'expérience engage les participants parfois
plus que la simple écoute d'un orateur. Il est donc essentiel
pour ALPHA que tout se vive dans un climat de profonde liberté.
Faire pression trahirait la Bonne Nouvelle à annoncer.
Chacun vit ce qu'il désire ou peut vivre sans avoir à
redouter de jugement. Mais de passer par l'expérience est
nécessaire. Le christianisme n'est pas un savoir à
transmettre de génération en génération,
mais une expérience du Christ vivant qui devient un message
pour les générations. Et puis imaginez vivre un
cours sur l'Olympique de Marseille sans jamais participer à
un match ! Inconcevable ! Le mari de la jeune femme citée
plus haut écrivait ceci sur sa feuille de bilan : "J'ai
commencé le cours en étant déjà baptisé,
mais ma foi était théologiquement et personnellement
bricolée. Après ALPHA je sens ma foi beaucoup plus
sereine, confiante. Depuis peu, elle a un "visage",
elle est vivante. En revanche, cela est difficile à vivre
dans le quotidien. Des paroles d'évangiles me sont apparues
comme extrêmement vivantes et le temps de retraite (le week-end
qui se vit au milieu des dix soirées) m'a bouleversé.
ALPHA m'a permis de comprendre et de vivre une foi qui descend
de la tête vers le cur."
Être chrétien, ce n'est
pas élire Jésus Christ comme philosophie personnelle
de vie parce qu'il nous intéresse, être chrétien
c'est se mettre à sa suite avec d'autres, communautairement.
Le groupe de partage est cet espace convivial où j'apprends
à écouter l'autre dans son irréductible différence.
Et puis, c'est également le lieu où je cherche mes
mots pour exprimer ma propre vie ou ma propre foi. Pour beaucoup,
cet exercice est nouveau. Comme pour l'apprentissage de la relation
directe avec Dieu ou le dialogue avec les autres, il représente
un vrai défi, mais quelle enrichissement ! On en redemande
!
5. Conclusion
Depuis une semaine, le second cours ALPHA a commencé dans la paroisse. Plus de 80 personnes étaient réunies pour le banquet d'ouverture. Il a fallu changer de lieu d'accueil ! Mais ce fut toujours la même chaleur Le bilan est plus que positif ! Dans quelques jours, j'arriverai au Brésil. Je me réjouis déjà de deviner la forme que ce cours prendra là-bas. Merci au Seigneur et à nos frères anglicans pour ce parcours offert. Une chose est certaine : il nous sort de la routine !
Philippe Berger
prêtre, Chemin Neuf, Marseille.
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