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...jeudi 7 août
Hautecombe 2003, journée de LA RECONCILIATION
"DES DEUX PEUPLES, IL N'EN A FAIT QU'UN" Ephésiens 2:14

" Si une de nos ethnies doit mourir, alors nous mourons ensemble " : menacés de mort par les rebelles, les jeunes du petit séminaire de Buta au Burundi, embrassent tous ensemble, hutus et tutsis, le martyre.

Torturée dans les geôles de la Gestapo en 1943, la résistante franco-suisse Maïti Guirtanner pardonne à son bourreau, un jeune médecin nazi. Jusqu'à la mort, Martin Luther King prophétise que l'obscurité ne peut chasser l'obscurité : " Seule la lumière le peut ". Cette lumière de l'amour qui va jusqu'au bout du don dans le pardon, des dizaines de jeunes l'ont demandée et reçue jeudi au cours du chemin de croix et de la veillée de réconciliation.

Sous la " tente de l'unité ", Narcisse s'avance devant l'assemblée. Il vient du Congo-Brazzaville. Longtemps il a pensé que la relation entre Blancs et Noirs était impossible, que le poids de l'esclavage pesait trop lourd sur leur histoire. Mais grâce à son amitié avec un jeune coopérant, il découvre que ceux qui lui paraissaient si suffisants ont aussi leurs fragilités et leurs faiblesses. Le vernis commence à s'effriter. Il peut enfin se défaire peu à peu de l'esclavage de ce passé qui l'a enfermé dès l'école primaire dans les préjugés et la haine. Debout devant les jeunes de tous pays, Narcisse demande pardon à ses frères européens, américains et des îles. .

Une Allemande, Bianca, vient à son tour demander pardon pour les horreurs commises par l'Allemagne contre les peuples tchèques, polonais et hongrois pendant la seconde guerre mondiale. Une jeune Tchèque de l'assemblée, Lucie, ne peut s'empêcher alors de monter sur le podium. " J'ai été touchée de voir Bianca souffrir encore d'appartenir à une nation qui a tant fait souffrir. Ce que le Seigneur nous a dit, c'est de ne pas rendre le mal pour le mal, de ne pas rendre la haine pour la haine. Or nous aussi, les Tchèques, nous nous sommes vengés des Allemands après la guerre. Alors je veux vous demander pardon à mon tour pour que nous puissions aller plus loin ensemble ".
Ainsi commence le chemin de croix, et ainsi s'ouvre un chemin de paix entre nos pays.

Sur le sentier qui grimpe à flanc de montagne derrière l'abbaye, cinq personnes portent la croix, suivis par les drapeaux et les jeunes. Christine n'avait pas prévu de la porter, mais là voici pourtant, le bois sur les épaules. La croix pèse, et elle a bien du mal à se diriger. Au fond d'elle-même, elle entend alors retentir cette phase : " Regarde plus loin que la croix ". " J'ai compris que Dieu m'appelle à regarder au-delà de mes croix, partage-t-elle. Car au-delà, il y a la Résurrection ".

Dans le " théâtre de verdure ", en plaine prairie, les jeunes se sont avancés et agenouillés aux pieds de la croix, entourés des drapeaux de tous les pays présents. Chacun dépose ses peurs de l'autre, ses préjugés, son sentiment de supériorité, son ressentiment à l'égard de tel ou tel pays… " Seigneur, tu vois combien notre pays a souffert des guerres, prie un jeune Hongrois. Donne-nous de croire en notre capacité à entrer dans l'Europe et à y trouver notre place ". L'entrée de leur pays dans l'Union européenne l'an prochain est au cœur de la prière de nombreux jeunes Tchèques, Polonais etc. " Nous participons à la construction européenne à travers notre désir de nous rapprocher, de nous pardonner, souligne le Père Vincent Breynaert. Notre prière et notre unité devant la croix sont beaucoup plus efficaces que bien des discours. Nous construisons l'Europe sur du roc. Et nous sommes convaincus que ce petit continent a une parole à donner au monde entier ".

La croix se dresse dans la pénombre de l'église. A ses pieds, des dizaines de petites bougies dessinent une autre croix de lumière, signe de toutes les démarches de réconciliation faites par les jeunes.

Signe que " c'est Lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n'en a fait qu'un, détruisant la barrière qui les séparait " (Eph 2,14).